8 JANVIER 1454 : QUAND LE VATICAN A BÉNI L'HORREUR ...

  • 30/08/2026
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8 JANVIER 1454 : QUAND LE VATICAN A BÉNI L'HORREUR ...

La bulle "Romanus Pontifex" du Pape Nicolas V ou la légitimation divine de quatre siècles de barbarie

Cette photographie est l'une des plus marquantes de l'histoire de l'esclavage. Ce dos zébré de cicatrices chéloïdes raconte à lui seul des siècles de souffrance, de déshumanisation et de violence systémique. Mais ce que cette image ne montre pas, c'est l'encre et le parchemin qui ont rendu possible cette boucherie humaine. Ce 8 janvier 1454, dans le faste de la Rome pontificale, le Pape Nicolas V signait l'un des documents les plus meurtriers de l'histoire : la bulle Romanus Pontifex, autorisant la réduction en "servitude perpétuelle" des Africains.
Nicolas V, de son vrai nom Tommaso Parentucceli (1398-1455), 208ème pape de l'Église catholique, ne se contenta pas de fermer les yeux sur les pratiques esclavagistes naissantes. Il leur offrit bien mieux : la caution divine. Par cette bulle adressée au roi Alphonse V du Portugal, le Saint-Siège accordait "la faculté pleine et entière d'attaquer, de conquérir, de vaincre, de réduire et de soumettre tous les Sarrasins, païens et autres ennemis du Christ [...] de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle" .
Le texte est d'une précision glaciale. Il ne s'agit pas d'un effet de style ou d'une interprétation a posteriori. Le pape déclare être informé que "beaucoup de Guinéens et autres nègres, pris par la force, par le troc contre des articles non-prohibés, ou par un autre contrat légal d'achat, ont été envoyés [au Portugal]" . Aucune réprobation. Aucune condamnation. Seulement une approbation implicite qui équivaut à un feu vert pour quatre siècles de traite négrière transatlantique.
Pour rendre acceptable l'inacceptable, l'Église déploya une machinerie idéologique redoutable. Elle popularisa la légende de Cham, fils maudit de Noé dans la Bible, soi-disant condamné à n'être que "l'esclave de l'esclave de ses frères". Les Africains furent arbitrairement identifiés aux descendants de Cham, fabriquant ainsi une prétendue "nature" d'esclave pour les "mélanodermes" .
Cette désignation raciste permettait un double discours : en Europe, l'Église pouvait prétendre limiter l'esclavage des chrétiens blancs, tout en autorisant l'asservissement total des Africains. Les "infidèles, païens, hérétiques et incroyants lointains devenaient des esclaves par nature". La couleur de peau devenait un marqueur théologique de damnation et de servitude.
L'implication de l'Église catholique ne se limita pas aux textes. Elle fut actrice à part entière du système esclavagiste :
Théoricienne : Des théologiens comme Bellon de Saint Quentin utilisaient les "Saintes Écritures" pour "libérer la conscience des traitants", leur offrant une absolution préventive.
Organisatrice : En 1494, le pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia) consacra le partage du monde entre le Portugal et l'Espagne par le traité de Tordesillas. Au Portugal revenaient l'Afrique, l'Asie et le Brésil ; à l'Espagne, le reste des Amériques.
Bénéficiaire : Dès les premiers rapt d'Africains par les expéditions portugaises de Nuno Tristan et Antam Gonsalves, "les meilleurs esclaves" furent offerts au pape Eugène IV (207ème pape). Des esclaves travaillaient dans les abbayes, monastères et résidences religieuses.
Monopole spirituel : Le Code Noir de 1685, qui régissait la vie (ou plutôt la non-vie) des esclaves dans les colonies françaises, faisait de l'Église catholique la seule religion autorisée, lui donnant un monopole sur le "marché du divin".
Ce dos labouré par le fouet que montre cette photographie est le reflet physique de ce que les bulles papales ont infligé à l'âme de l'humanité. Chaque cicatrice chéloïde raconte une génération volée, un enfant arraché, une dignité piétinée. Mais derrière chaque marque, il y a aussi un parchemin, un sceau, une bénédiction divine détournée pour justifier l'injustifiable.
La bulle Romanus Pontifex ne fut pas un "épiphénomène". Ses encouragements à "l'ensauvagement esclavagiste" continuèrent tout au long de la période négrière. Pendant près de cinq siècles, "l'alliance criminelle et afrocide des puissants d'Europe fonctionna comme un broyeur d'humanités". Prélats, aristocrates, industriels, savants se soutinrent mutuellement pour fabriquer "une an-Afrique à leur image : le lieu spécialisé d'une déportation sanglante de millions d'Africains esclavisés" .
Aujourd'hui encore, l'Église catholique tente de minimiser sa responsabilité. En 2003, la mise en scène de prélats africains plaidant une "responsabilité africaine" dans la Traite fut une diversion grossière visant à "s'absoudre" . Il s'agit de rendre à l'Église "l'entièreté de l'empreinte déposée de son ensauvagement, incivilisation, négrier" .
Ce 8 janvier n'est pas une date comme les autres. C'est l'anniversaire d'un crime contre l'humanité théologiquement fondé, bureaucratiquement organisé, économiquement exploité. C'est le jour où Dieu, ou du moins ceux qui prétendaient parler en Son nom, a été complice du diable.
Les cicatrices de l'esclavage ne sont pas seulement visibles sur ce corps photographié. Elles sont inscrites dans nos sociétés, dans les inégalités raciales persistantes, dans les mémoires fracturées, dans les identités volées. Elles sont aussi dans ces documents d'archives jaunis par le temps, signés de la main d'un pape, qui transformèrent des êtres humains en "servitude perpétuelle" au nom de la foi.
Contre l'oubli, contre le révisionnisme, contre l'absolution facile : se souvenir. Exiger la vérité. Réclamer la justice.
African parure magazine.
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