HAÏTI – VENEZUELA ET RÉPUBLIQUE DOMINICAINE : L'HISTOIRE DONNE UNE LEÇON À CEUX QUI CONFONDENT LA SOLIDARITÉ ET LA PAUVRETÉ...
- 17/07/2026
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Quand la diplomatie d'Haïti rappelle à la République dominicaine qu'une Nation se mesure autant à la grandeur de ses principes qu'à l'étendue de ses richesses. Le geste humanitaire positif des autorités haïtiennes envers le peuple vénézuélien montre clairement qu'il existe des controverses qui meurent en quelques heures sur les réseaux sociaux. Et puis il y a celles qui révèlent une ignorance plus profonde de l'histoire, de la diplomatie et de la nature même des relations internationales.
En tournant en dérision la décision des autorités haïtiennes d'envoyer une aide humanitaire en médicaments au Venezuela après les deux violents séismes qui ont frappé ce pays, le journaliste dominicain Frankie ARIAS croyait dénoncer une contradiction. En réalité, ce dernier a surtout mis en lumière une confusion fondamentale et les limites de son raisonnement entre l'assistance humanitaire, la politique publique et la diplomatie internationale.
Car enfin, depuis quand la souffrance d'une nation lui retire-t-elle le droit de compatir à celle d'une autre ? Depuis quand la pauvreté interdit-elle la générosité ? Depuis quand la solidarité se mesure-t-elle au produit intérieur brut plutôt qu'à la conscience morale d'un peuple ? Ces questions dépassent largement une simple polémique télévisée. Elles touchent à la conception même de la civilisation moderne.
L'histoire enseigne que les nations qui ont marqué l'humanité ne sont pas toujours celles qui possédaient le plus, mais souvent celles qui ont donné le meilleur d'elles-mêmes lorsque d'autres peuples vacillaient. C'est précisément ce qu'il convient de rappeler aujourd'hui à travers ces écrits.
L'ERREUR INTELLECTUELLE DU JOURNALISTE QUI CONFOND UNE AIDE D'URGENCE AVEC LE SYSTÈME DE SANTÉ D'UN ÉTAT
L'argument du journaliste dominicain selon lequel un pays confronté à des difficultés sanitaires ne pourrait envoyer des médicaments à une autre nation repose sur une confusion de catégories.
Tout d'abord, une aide humanitaire est, par définition, une réponse exceptionnelle à une catastrophe exceptionnelle. Par contre, un système national de santé d'un pays est une politique publique permanente, financée, organisée et évaluée sur le long terme.
Assimiler ces deux réalités revient à comparer une ambulance mobilisée après un accident avec l'ensemble du réseau hospitalier d'un pays. Cette comparaison peut produire un effet médiatique ; mais elle ne résiste pas à une analyse sérieuse et pointue.
Les États ne participent pas aux opérations humanitaires parce qu'ils auraient résolu tous leurs problèmes internes. Ils le font parce que la solidarité internationale constitue un principe reconnu des relations qui lient les Nations entre elles.
LA DIPLOMATIE HUMANITAIRE : LE LANGAGE DES ÉTATS RESPONSABLES
La diplomatie ne s'exprime pas uniquement dans les sommets internationaux, les traités ou les accords commerciaux. Elle se manifeste également lorsqu'un État choisit de tendre la main à un autre peuple frappé par une tragédie.
Une cargaison de médicaments ne se résume jamais à son contenu matériel. Elle transporte un message et signifie : « Votre souffrance ne nous laisse pas indifférents. »
Voilà pourquoi des États disposant de moyens très différents contribuent régulièrement aux opérations internationales de secours. La valeur diplomatique d'un geste ne dépend pas uniquement de son volume, mais aussi de sa portée symbolique.
HAÏTI : UNE PETITE NATION PAR SA TAILLE GÉOGRAPHIQUE, UNE GRANDE NATION PAR SON HISTOIRE
Pour comprendre la portée du geste haïtien, il faut d'abord comprendre ce que représente Haïti dans l'histoire universelle de l'humanité. Le 1er janvier 1804, la Révolution haïtienne menée par nos valeureux Ancêtres donne naissance à la première République noire indépendante du monde moderne. Cet événement bouleverse durablement l'ordre colonial et alimente les mouvements abolitionnistes et indépendantistes à travers les Amériques.
En 1816, le président Alexandre Sabès PÉTION apporte un soutien décisif à Simón BOLÍVAR. Des armes, des navires, des volontaires et un refuge lui sont accordés, à la condition qu'il œuvre à l'abolition de l'esclavage dans les territoires qu'il libérerait en Amérique latine. Cette décision fait d'Haïti un acteur majeur de l'émancipation politique sur le continent américain. Ainsi, bien avant d'être un pays en crise, Haïti fut une nation qui contribua à transformer l'histoire des Amériques et de l'humanité.
HAÏTI ET LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE : UNE HISTOIRE COMMUNE, DES MÉMOIRES DIFFÉRENTES
Entre 1822 et 1844, l'île entière fut administrée sous un même gouvernement dirigé par Jean-Pierre BOYER. Cette période demeure l'objet d'interprétations divergentes dans les historiographies haïtienne et dominicaine.
Toutefois, plusieurs faits sont largement établis : l'esclavage est aboli sur l'ensemble de l'île et, le 27 février 1844, la République dominicaine proclame son indépendance et construit son propre État souverain.
L'histoire commune des deux pays est complexe. Elle ne se prête ni aux simplifications, ni aux caricatures. C'est précisément pour cette raison qu'elle mérite davantage de rigueur que de moqueries.
LA PAUVRETÉ N'ANNIHILE PAS LA DIGNITÉ D'UN PEUPLE
L'une des plus grandes erreurs du débat public contemporain de certains intellectuels bornés consiste à croire que la richesse économique est l'unique mesure de la valeur d'une Nation.
Tooutefois, les sciences politiques distinguent depuis longtemps la puissance matérielle du SOFT POWER, cette capacité d'un État à influencer par son histoire, ses valeurs, sa culture et sa crédibilité.
Sous cet angle, l'aide d'Haïti au Venezuela prend une dimension qui dépasse largement son contenu matériel. Elle affirme qu'une Nation peut être éprouvée sans renoncer à ses principes. Elle rappelle également qu'un peuple qui connaît la souffrance comprend souvent mieux que d'autres la douleur d'un voisin.
UNE LEÇON DE GÉOPOLITIQUE PLUS QU'UNE POLÉMIQUE
Cette controverse n'oppose pas seulement deux lectures d'un événement. Elle oppose deux conceptions des relations internationales. Alors que la première réduit la solidarité à une équation comptable soulignent qu'on ne donne que lorsque l'on possède en abondance.
Par contre, la seconde considère que la solidarité est un choix politique, moral et diplomatique qui ne dépend pas uniquement du niveau de richesse, mais aussi de la volonté de ne pas rester indifférent. L'histoire a souvent donné raison à cette seconde vision.
LES NATIONS NE SONT PAS JUGÉES UNIQUEMENT À LEUR RICHESSE
L'histoire ne retient pas seulement les peuples qui ont accumulé des fortunes ou construit des empires. Elle retient aussi ceux qui, dans les moments les plus difficiles, ont refusé de détourner le regard de la souffrance des autres.
On peut débattre de l'opportunité d'une décision gouvernementale même si nous avons des divergences sur son mode de fonctionnement. C'est le propre de toute démocratie.
En revanche, réduire un geste humanitaire à une simple contradiction comptable revient à ignorer ce que deux siècles de diplomatie internationale nous enseignent que la solidarité n'est pas un privilège réservé aux nations prospères. Elle est l'une des expressions les plus élevées de la souveraineté, de la dignité et de la responsabilité d'un État.
En définitive, cette controverse dépasse largement Haïti, le Venezuela ou la République dominicaine. Elle rappelle une vérité intemporelle soulignant que la grandeur d'une Nation ne se mesure pas uniquement à ce qu'elle possède, mais aussi à ce qu'elle est capable d'offrir lorsque l'humanité est mise à l'épreuve.
AMOS SINCIR
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